Tout d’abord je précise que nous allons parler ici des moments où nous sommes présents au milieu d’eux dans le pré ou le paddock, pas des moments où le troupeau est livré à lui-même.
Notre cheval a droit à une vie privée dans son troupeau. Il a le droit d’aimer celui-ci, de détester celui-là, pour peu qu’aucun des deux ne soit réellement en danger. Avoir suffisamment de place est souvent la meilleure solution pour régler les problèmes entre les chevaux. Multiplier les points de nourrissage pour éviter les conflits, bloquer les angles trop fermés pour qu’aucun cheval ne puisse être coincé sont les mesures de sécurité de base pour éviter les gros accidents.
Donc tout le monde ne doit pas aimer tout le monde. Tout comme tu ne dois pas toi-même aimer tout le monde. Tu as tes opinions et c’est sacré. Chaque cheval a donc le droit d’avoir son avis sur tel ou tel autre. C’est d’ailleurs très intéressant de les observer, de voir qui est ami aujourd’hui avec qui, qui va boire avec qui, qui mange avec qui. Chez moi, c’est ce que j’appelle « la gazette du troupeau ». J’en tire beaucoup d’enseignements, mais je n’ai pas à y intervenir, c’est la vie privée de mes chevaux.
Aujourd’hui, on va parler de ce qui peut réellement poser problème pour notre sécurité, ce sont les interactions violentes entre les chevaux lorsque nous sommes au milieu d’eux. Là-dessus, nous avons notre mot à dire puisque nous sommes présents. Dès que nous mettons un pied dans un parc où il y a des chevaux, nous devons en devenir le shérif pour notre propre sécurité, pour celle des personnes qui nous accompagnent et pour celle des chevaux qui sont « sous contrôle » en longe ou montés, par exemple.
Je me rends compte, au fil du temps, que pour beaucoup de personnes, être au milieu d’un parc où il y a plusieurs chevaux peut être stressant, parfois même perçu comme dangereux. Et pour cause : ces interactions violentes qui peuvent se produire entre eux, ne serait-ce que parce que, si l’on récompense, on devient une source de nourriture, peuvent vraiment poser un gros problème. Alors comment régler cela pour se sentir sereine au milieu d’un troupeau ? Il va falloir mettre en place des bases essentielles.
La première de ces bases est que chaque cheval soit capable de faire preuve de respect envers moi. Le respect, c’est cette idée que le cheval va me considérer comme une personne respectable, c’est-à-dire qu’il va faire attention à ma présence, ne pas me bousculer, ne pas passer trop près ni trop vite. En bref : pour mon cheval, J’EXISTE.
Comment devenir respectable ? Il va falloir me conduire comme un cheval. Quand un cheval s’approche d’un autre et qu’il est impoli dans son approche, l’autre va signifier qu’il n’autorise pas l’entrée dans son espace en couchant les oreilles, en fouaillant de la queue, en levant la tête, en grimaçant. Si l’approche continue une seconde de plus, il va matérialiser son espace en touchant l’intrus avec ses dents ou ses pieds, sans état d’âme, jusqu’à ce que l’autre s’en aille, puis il va reprendre sa vie là où il en était. Il ne le poursuit pas.
En agissant ainsi, le cheval permet à l’intrus de prendre lui-même la décision de ne pas entrer. C’est bien celui qui s’approche qui choisit de sortir. Si, comme beaucoup d’humains, je prends le licol pour faire reculer mon cheval lorsqu’il est trop près, je prends la décision à sa place : je l’éloigne, mais je ne lui apprends pas à choisir de ne pas entrer.
Pour que les choses deviennent plus simples, je dois, comme le ferait un cheval, amener mon compagnon à prendre la bonne décision : ne pas entrer lorsque je ne le souhaite pas. Quand il arrive trop fort, trop vite ou trop près, je me grandis, je couche mes oreilles virtuelles — croyez-moi, il les voit — et je soulève mon stick, ma cordelette ou le bout de ma longe pour les utiliser à l’horizontale autour de moi. Sans bouger mes pieds, je ne ralentis pas et je n’accélère pas le mouvement quand l’outil s’approche du cheval et le touche, c’est son problème, pas le mien ! C’est comme laisser les doigts dans un ventilateur, c’est la conséquence du fait qu’il soit encore dans mon espace, pas une punition pas une vengeance, c’est lié à son choix de rester là et je continue jusqu’à ce qu’il décide d’en sortir… et tout ça à la vitesse à laquelle le ferait un cheval !
Cela DOIT être inconfortable pour lui sinon pourquoi sortirait-il ? Ce n’est pas une demande d’exécuter un mouvement, c’est la matérialisation de mon espace, je le rends réel et inconfortable.
J’utilise simplement ce qu’il vit cent fois par jour dans son troupeau : quand je couche les oreilles, c’est à toi de choisir de sortir. Et c’est ainsi qu’il apprend, comme avec les membres de son groupe, à demander la permission d’entrer dans ma bulle et à accepter que je puisse refuser sans frustration.
Cette première étape est indispensable. Si chacun des membres du troupeau n’est pas capable de respecter ma bulle, je serai obligée d’intervenir fort et souvent. Si j’apprends à chacun à être attentif à moi, le plus gros du travail est fait et je peux déjà être beaucoup plus sereine. À partir du moment où chaque cheval est conscient de ma présence et capable de me contourner, même en cas de démarrage ou de peur, comme si j’étais un arbre, il ne me reste plus qu’un point à gérer pour que la sécurité soit complète : les interactions entre eux.
Si l’on met au point une règle claire et que l’on s’y tient en permanence, elle devient facile à appliquer pour le troupeau. Si elle varie selon notre humeur ou les circonstances, elle ne sera jamais réellement installée. Je recommande donc de poser deux règles : aucun cheval n’a le droit de me bousculer ni d’entrer dans mon espace en conquérant et personne n’attaque personne lorsqu’un humain est présent. Quand je suis sortie, c’est leurs choix, leur organisation qui entrent en jeu, mais la présence de n’importe quel être humain dans le paddock doit déclencher cette règle. Je l’ai mise en place lorsque mes enfants étaient petits et que mes chevaux vivaient à mon domicile pour éviter tout accident et je l’ai conservée depuis.
Il est interdit à tout cheval d’en toucher un autre si je suis là.
En cas d’altercation, je sors systématiquement le fauteur de trouble du troupeau et je le maintiens à distance quelques minutes. Je me suis beaucoup inspirée de ma vieille Leïa, qui était une véritable reine pour garder son troupeau calme et en ordre. Chaque fois que la situation commençait à dégénérer, elle expulsait sans ménagement l’élément perturbateur et lui interdisait l’accès pendant un moment. Elle mettait littéralement les attaquants « au coin » et cela fonctionnait à merveille.
De la même façon quand tu circules avec un cheval en longe ou monté dans le pré, quand tu le sors ou que tu le rentres, sa sécurité est entre tes mains ! S’il t’écoute il ne peut pas se défendre des autres chevaux, il doit être connecté à toi et se sentir serein. C’est à toi de le protéger en éloignant suffisamment les autres pour qu’il se sente en sécurité avec toi. Défendre ton cheval en toutes circonstances, c’est une belle façon de lui dire que tu l’aimes et d’améliorer sa confiance en toi et votre relation.
En appliquant ces règles, le calme se diffuse dans le troupeau et il devient agréable d’y circuler et d’y intervenir. Cette paix instaurée n’a pas de prix.
Tu veux pouvoir te sentir bien au coeur de ton troupeau ?
Mets en place ces trois règles :
– Je deviens respectable.
– Personne n’attaque personne quand je suis là !
– Je protège mon cheval sous contrôle.
J’espère que cet article t’aidera à faire régner la paix chez toi, ces principes ont déjà aidé des centaines de personnes à se sentir relaxée et heureuses au milieu de leurs chevaux bien mieux dans leurs baskets parce qu’eux aussi savent quoi faire !
Valérie
