C’est en ignorant ce que nous dit notre instinct qu’on fait les plus grosses bêtises — celles qui laissent des traces
Il y a des jours où quelque chose nous retient. Un sentiment, une résistance légère, difficile à nommer. On sent que ce n’est pas le bon moment, que la séance ne va pas bien se passer, qu’il vaudrait mieux ne pas faire cette balade ou sauter cet obstacle aujourd’hui.
Notre instinct nous dit que c’est une mauvaise idée, et pourtant, on y va quand même. Parce que les autres attendent. Parce qu’on s’était dit qu’on monterait aujourd’hui. Parce qu’au fond, on n’ose pas s’écouter.
C’est là que se passent les bêtises les plus coûteuses. Pas par manque de technique ou de méthode. Par manque d’écoute de soi.
Ce qu’on appelle instinct, c’est quoi en fait ?
J’en suis venue à penser que l’instinct, c’est simplement la voix de notre inconscient.
Et notre inconscient est un enregistreur prodigieux. Pendant que notre conscient est bien occupé à raisonner, à planifier, à se justifier, notre inconscient, lui, enregistre tout :
La tension dans l’encolure du cheval, notre propre crispation qu’on n’a pas encore perçue, les circonstances particulières du jour, l’atmosphère, quelque chose dans l’air. Des données auxquelles on n’a pas accès directement, mais qui sont bien là, stockées quelque part dans notre cerveau.
Et quand ce mélange devient trop chargé, trop significatif pour être ignoré, il surgit dans notre conscient, sous la forme d’un pressentiment, d’une hésitation, d’une petite voix qu’on appelle instinct.
C’est sans doute un reste de notre partie animale. La même qui a permis à nos ancêtres de survivre en lisant l’environnement bien plus vite que la raison ne le permet.
Quand on ne l’écoute pas, on se force. On part quand même, on monte quand même, on continue quand même et on néglige toutes les sonnettes d’alarme que notre inconscient avait pris soin de déclencher.
J’ai reçu un message hier d’une cavalière qui est partie en balade tranquille sur un chemin connu, avec deux chevaux calmes pour compagnons. Sauf que les copains du pré les suivent en s’agitant le long de la clôture, le cheval s’emballe, le chemin est chaotique, les ronces sont partout, et elle se retrouve avec un dragon au bout de la longe sans pouvoir faire grand chose. La tension monte, le terrain ne lui laisse aucune marge. Elle s’en sort, mais tendue, démunie, épuisée. Et elle me dit : si je m’étais écoutée, j’aurais fait demi-tour dès le départ.
Voilà. Elle savait. Avant même de partir, quelque chose lui avait dit que ce n’était pas le bon contexte. Mais les autres attendaient. Alors elle y est allée.
Le résultat, on le connaît. La séance se passe mal. Même quand on s’en sort sans accident, la confiance s’abîme. La prochaine fois, on se méfie encore plus. On est encore plus tendue, le cheval le sait. Les circonstances sont réunies pour que le problème naisse.
C’est comme ça qu’on peut détruire, petit à petit, sa confiance en soi et sa confiance dans son cheval. Non pas parce qu’on a manqué de courage, mais parce qu’on n’a pas eu le courage d’écouter ce qu’on savait déjà.
Écouter son instinct, ce n’est pas capituler
On a appris que la rigueur, c’est se tenir à son plan. Que céder, c’est se laisser mener. Que si on n’insiste pas, on perd du terrain.
Mais écouter son instinct, ce n’est pas abandonner. C’est une forme de leadership extrêmement fine. Ça demande de mettre son ego de côté, de choisir la relation plutôt que le résultat du jour, de comprendre que ton cheval n’est pas ton adversaire.
Un bon leader ne fonce pas tête baissée dans une situation qu’il sent mauvaise. Il réfléchit, il s’adapte et il revient avec une stratégie plus juste, plus claire, plus cohérente avec les circonstances réelles.
C’est ce qui permet d’avancer sans tout casser : la cohérence, pas la rigidité.
Qu’est-ce que tu peux faire concrètement ?
La prochaine fois que tu arrives au pré et que quelque chose te retient, prends trente secondes. Juste trente secondes pour te poser la question honnêtement : “Est-ce que je vais vers cette séance parce que j’en ai envie, ou parce que je m’y sens obligée ?”
Si c’est l’obligation, si c’est la peur de paraître faible, si c’est la petite voix qui dit que tu dois te prouver quelque chose, fais une pause et réfléchis : qu’est-ce qui est cohérent avec ce que tu ressens aujourd’hui ? Quelle est l’étape intermédiaire que tu peux inventer et qui ne fera pas hurler ton inconscient ? Avec quoi te sentirais-tu alignée aujourd’hui ?
Si c’est juste faire brouter ton cheval parce qu’aujourd’hui tu es juste épuisée en fait, c’est OK ! Si c’est faire une séance au sol au lieu de faire une séance montée, c’est OK ! Si ça se trouve cette séance à pied se passera si bien que tu finiras par monter comme prévu. Mais offre toi à toi-même le luxe suprême : l’attention et le temps.
Ton inconscient travaille pour toi en continu, il veut te garder en vie. Il a des milliers de données auxquelles tu n’as pas directement accès. La seule chose qu’il te demande, c’est de l’écouter.
Et quand tu commenceras à le faire vraiment, tu verras quelque chose changer. Pas seulement dans tes séances, dans ta confiance en toi, dans ton rapport à ton cheval, dans la façon dont vous avancez ensemble.
Parce que la relation juste et bienveillante que tu cherches, elle commence là, pas dans la méthode, dans l’écoute, pas seulement de ton cheval, mais aussi dans l’écoute de ton propre instinct.
Valérie
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